Un radeau construit à plusieurs : de l’idée à la mise à l’eau

Le projet de participer à Touskiflot, d’abord porté par un petit groupe de professionnels du CSAPA, a rapidement mobilisé l’ensemble de l’équipe. Chacun a pu y trouver sa place, selon ses envies et ses talents : imaginer le radeau, chercher des matériaux, construire, décorer, préparer les costumes ou encore réfléchir à la manière de naviguer.

Réunions, bricolage, recherches, essais… Les semaines précédant Touskiflot ont été bien remplies ! Certains ont manié une scie pour la première fois, d’autres sont partis à la recherche de bambous sauvages. Et pour mettre toutes les chances de leur côté, l’équipe a même réalisé un test de flottaison afin de vérifier que le radeau serait prêt à affronter le courant le jour J.

Au-delà du défi collectif, cette aventure a aussi pris une dimension plus symbolique pour l’équipe. Construire et faire flotter ce radeau, c’était finalement une manière assez concrète de retrouver ce qui est au cœur de l’accompagnement en addictologie : partir de là où chacun se trouve, s’appuyer sur les ressources disponibles, avancer à son rythme, s’adapter aux imprévus et chercher ensemble les appuis qui permettent de continuer.

« Nous naviguons ensemble sur des eaux plus ou moins troubles pour accompagner nos usagers », explique l’équipe. Une métaphore qui traduit bien leur approche : il ne s’agit pas de maîtriser le courant, mais d’aider chacun à retrouver de la stabilité et, petit à petit, à avancer vers des eaux plus apaisées.

Le « Club des 27 » à bord

Pour inscrire ce défi collectif dans une démarche de prévention, l’équipe a choisi de baptiser le radeau « Club des 27 », en référence aux artistes célèbres décédés à l’âge de 27 ans, parmi lesquels Amy Winehouse, Janis Joplin, Kurt Cobain et Jimi Hendrix. Si leurs parcours et les circonstances de leur décès sont différents, certains ont été marqués par des conduites addictives. Les quatre matelots embarqués sur le radeau font ainsi référence à ces quatre artistes

Le choix de ce nom permettait aussi d’aborder autrement les conduites addictives et de questionner les représentations qui les entourent. Car elles peuvent toucher chacun, quels que soient le talent, la notoriété, la réussite ou le milieu social. Derrière des parcours qui semblent parfois exceptionnels peuvent aussi se cacher des fragilités, avec des conséquences sur la santé, les projets et les trajectoires de vie.

À travers le « Club des 27 », l’équipe souhaitait ainsi rappeler que les conduites addictives ne sont pas une question de profil ou de parcours, mais peuvent concerner chacun d’entre nous. Une façon aussi de dépasser les idées reçues et d’ouvrir le dialogue, en faisant de cette participation à Touskiflot un véritable message de prévention.

Pour porter ce message, l’équipe avait choisi un slogan, affiché sur le radeau : « Le talent, c’est précieux. Avec la santé, c’est mieux. »


Touskiflot : le grand jour !

Le 6 septembre, l’équipe a rejoint les autres équipages pour une descente de 6 km sur le Gave de Pau, du Pont d’Espagne de Jurançon jusqu’à Laroin, à bord de son radeau. Une journée festive et conviviale, qui a également permis d’aller à la rencontre du public et de sensibiliser autrement aux conduites addictives.

Pour l’occasion, toute l’équipe du CSAPA s’est mobilisée autour du « Club des 27 ». Après une grande auberge espagnole partagée le midi, les collègues les ont accompagnées à vélo tout au long du parcours, s’arrêtant à chaque kilomètre pour les encourager et partager ce moment fort. Une belle mobilisation qui a fait de cette journée un véritable temps de cohésion et de convivialité, couronné par la victoire dans la catégorie « 100 % féminine » !

Pour Cyrielle Joutotte, cheffe de service du CSAPA de Pau, cette participation répondait à un double objectif :

« Nous souhaitions montrer ce que l’on peut accomplir lorsque chacun met ses compétences et son énergie au service d’un projet commun. La construction du radeau nous a permis de mobiliser la créativité, la persévérance et l’engagement de toute l’équipe. C’était également une belle occasion de faire connaître les actions d’Addictions France et de renforcer sa visibilité sur le territoire local. »

Au-delà du défi, cette aventure aura permis aux professionnels, tant de la prévention que du soin, de se retrouver autrement, de mettre en commun leurs compétences et leurs regards complémentaires, et de renforcer les liens dans un contexte différent du quotidien. Et chacun aura découvert, au passage, quelques talents insoupçonnés chez ses collègues !