Ciné-débat Garance

Réalisé par Jeanne Herry et porté par Adèle Exarchopoulos, le film Garance propose un regard singulier sur l’alcoolisme à travers le parcours d’une jeune femme qui, malgré une consommation importante d’alcool, reste active et socialement intégrée. Loin des représentations habituelles de l’addiction associée à la marginalisation ou à la rupture sociale, le film montre qu’une personne peut continuer à travailler et à entretenir des relations tout en étant confrontée à une dépendance. Son histoire se dévoile sur plusieurs années, révélant peu à peu les ravages de l’alcool sur sa santé, jusqu’à une consultation médicale décisive où elle prend conscience de la gravité de son état : le médecin l’avertit que, sans un arrêt total de l’alcool, son foie risque de subir des dommages irréversibles et de ne plus remplir ses fonctions vitales.

Ciné-débat Garance

L’alcool, une consommation banalisée qui interroge notre société

À travers le portrait d’une héroïne qui consomme de l’alcool dans des situations ordinaires, notamment en société, le film interroge la place de l’alcool dans notre quotidien. Associé au partage, à la fête et à la détente, et rarement perçu comme une drogue, l’alcool bénéficie d’une forte acceptation sociale. Cette banalisation peut rendre les comportements à risque plus difficiles à identifier et à remettre en question. Comment reconnaître les signes d’une dépendance lorsque la personne semble continuer à vivre normalement, sans demander d’aide ?

Ces questions font écho à nos habitudes collectives et invitent à dépasser les clichés pour mieux comprendre les mécanismes de l’addiction, sans réduire les personnes concernées à leur consommation.

La place de l’entourage : entre inquiétude, impuissance et soutien

L’un des apports essentiels du film est de montrer que l’addiction ne concerne jamais uniquement la personne qui consomme. Elle affecte aussi les proches, confrontés à des réactions parfois contradictoires : inquiétude, colère, culpabilité, incompréhension ou volonté de protéger. Certains cherchent à convaincre la personne d’arrêter, d’autres prennent leurs distances, tandis que certains tentent de l’accompagner avec bienveillance. 

En donnant une place importante à l’entourage, Garance rappelle qu’il n’existe pas de réponse universelle. L’accompagnement doit tenir compte de la singularité de chaque situation, des besoins de la personne concernée, mais aussi de ceux de ses proches. Il souligne l’importance de l’écoute, de l’orientation vers des professionnels et de la possibilité, pour l’entourage lui aussi, de trouver du soutien.

Le film montre que les difficultés liées à l’alcool ne sont pas toujours visibles. Même entourée et active socialement, une personne peut peu à peu perdre le contrôle de sa consommation. Pour son entourage, il peut alors être difficile de comprendre la situation, de trouver les bons mots et de savoir comment l’aider.

Noémie Lenoir Garance Grand Rex ciné-débat

Le ciné-débat, un levier pour libérer la parole et faire évoluer les regards

En donnant à voir des situations concrètes et des personnages auxquels chacun peut s’identifier, le cinéma suscite des émotions, fait émerger des questionnements et ouvre un espace de dialogue. Il permet d’aborder les addictions autrement que par des discours théoriques ou des messages de prévention centrés uniquement sur les risques.

Après la projection, les échanges permettent de croiser les regards, de déconstruire certaines idées reçues et de libérer la parole autour d’expériences parfois difficiles à partager : la place de l’alcool dans les relations sociales, la difficulté à reconnaître une consommation problématique, la peur du jugement, le sentiment d’impuissance des proches ou encore les freins à la demande d’aide. Le film a pu suscité des réactions sur la représentation du sevrage, que certains spectateurs ont pu trouver trop rapide, voire idéalisée au regard de la complexité et de la réalité des parcours de soin.

Ces échanges invitent à porter un regard nuancé sur l’addiction. Loin de se résumer à un manque de volonté, elle s’inscrit dans une histoire personnelle et peut, à un moment donné, remplir une fonction ou contribuer à un équilibre fragile, malgré ses conséquences. La comprendre suppose donc de prendre en compte la personne dans sa globalité, son parcours, son environnement et les difficultés auxquelles elle est confrontée.

En organisant ces ciné-débats, Addictions France fait du cinéma un support de sensibilisation, de prévention et de déstigmatisation. Garance n’a pas vocation à apporter des réponses définitives, mais offre un point de départ pour interroger les représentations, partager des expériences et ouvrir le dialogue. Ces rencontres permettent également de faire connaître les ressources disponibles et les possibilités d’accompagnement, pour les personnes concernées comme pour leur entourage.

En libérant la parole autour des addictions, ces rencontres contribuent à faire reculer les tabous et les préjugés. Elles rappellent la nécessité d’une approche attentive à la complexité des situations, respectueuse des personnes et exempte de jugement.