Du gel des taxes sur le tabac à l'opération 1000 bistrots, une campagne présidentielle déjà dans l’excès
Le 09 septembre
La campagne présidentielle ne fait que commencer, pourtant plusieurs candidats se distinguent déjà par leur désintérêt manifeste pour les enjeux de santé publique. Alors que le tabac et l’alcool représentent les deux principales causes de mortalité et de maladies évitables en France, certains responsables politiques semblent davantage préoccupés par les bénéfices symboliques ou électoraux de leur communication que par les conséquences sanitaires des messages qu’ils véhiculent. Depuis plusieurs jours, deux exemples particulièrement symptomatiques viennent appuyer ce constat.
Dans une publication du 7 septembre sur ses réseaux sociaux, l’ancien premier ministre et actuel candidat à la prochaine élection présidentielle, Gabriel Attal, annonce le lancement d’une opération « 1000 bistrots », verre de bière à la main et marque d’alcool bien visible. Si cette opération de communication se veut un moyen de se rapprocher des Français en allant directement à leur rencontre dans des lieux de sociabilisation et de proximité, la présence d’un verre de bière pose question : pourquoi de la bière pour promouvoir le dialogue et la proximité avec le peuple ? N’y a-t-il rien d’autre à boire que de l’alcool dans un bistrot ? Compte-t-il boire une pinte dans chacun des 1 000 bistrots qu’il prévoit de visiter ? A 221 jours de l’élection présidentielle, cela correspondrait à une moyenne de 4,5 bistrots par jour à visiter et autant de pintes à consommer. A ce rythme-là, sa campagne risque de mal se terminer…
Au-delà du symbole, sa communication vient à l’encontre de la loi Evin de 1991. La vidéo n’est pas accompagnée d’un message de prévention comme le code de la santé publique l’y oblige, et une marque de bière est clairement exposée. Si cette vidéo ne se veut pas une publicité pour l’alcool, le statut public de Monsieur Attal et son influence peuvent inciter à consommer de l’alcool, du fait de la présence d’un verre et de son aspect convivial. Elle tombe dès lors sous le coup de la loi. Le choix d’une boisson sans alcool aurait permis de transmettre le même message, tout en évitant de normaliser ou de valoriser la consommation d’alcool. Une telle alternative aurait été aussi, et surtout, plus cohérente avec les exigences de prévention et de responsabilité qui doivent accompagner la communication d’une personnalité publique.
Une autre candidate, Marine Le Pen, s’est également démarquée pour sa communication contre la santé publique. Dans une lettre adressée aux buralistes, elle promet le gel des taxes sur le tabac affirmant vouloir « protéger » une activité « vitale pour la vie sociale » des communes, sans un mot sur les 75 000 morts causées chaque année par le tabac. Les propositions contenues dans sa lettre vont à rebours de l’ensemble des recommandations des autorités sanitaires internationales, qui considèrent l’augmentation régulière des taxes sur le tabac comme l’un des leviers les plus efficaces pour diminuer le tabagisme, notamment chez les jeunes et les publics les plus précaires. La forte hausse des prix ces dernières années, associée à d’autres mesures de prévention, s’est accompagnée d’une baisse considérable du nombre de fumeurs. En proposant de geler les taxes et de désindexer le prix du tabac de l’inflation, la candidate va rendre les cigarettes plus abordables au fil du temps. Derrière la défense des buralistes se dessine ainsi une vision où la protection d’une filière économique prime sur la réduction du tabagisme et de ses conséquences sanitaires.
À l’approche de l’élection présidentielle, les citoyens sont en droit d’attendre des futurs candidats qu’ils prennent au sérieux les sujets de santé . Au regard de l’état des finances publiques, placer la protection de la santé de la population au cœur des politiques publiques est même une obligation : renforcer la prévention et réduire la consommation de produits qui coûtent plus de 200 milliards d’euros à la société chaque année, c’est s’assurer des économies et un système de santé plus soutenable demain.
Myriam Savy, Directrice de la Communication, Animation associative et Plaidoyer
Théo Mannechez, Chargé de mission plaidoyer